Placementd’argent.fr
Produits spécifiques de placements · Suisse

Emprunts de la Confédération : analyser une obligation fédérale en francs suisses

Les emprunts de la Confédération sont des obligations émises par l’État fédéral suisse en francs suisses, remboursées à une échéance fixée. Leur émetteur est réputé solide, mais leur prix varie avec les taux et, pour un épargnant en euros, avec le change. Voici les points à contrôler.

Pièces et billets de francs suisses posés près d’un document obligataire et d’un graphique de taux
Coupon, prix d’achat et échéance déterminent le rendement d’une obligation.

Prêter à la Confédération : ce que représente l’achat d’un emprunt fédéral

Un emprunt de la Confédération est une obligation par laquelle l’État fédéral suisse emprunte des capitaux en francs suisses pour financer ses besoins de long terme. L’acheteur devient créancier : il perçoit en général un coupon fixe, calculé sur la valeur nominale, puis il est remboursé à l’échéance prévue par les conditions de l’émission. Chaque emprunt possède donc son propre coupon, sa propre date d’échéance et son propre code d’identification.

Ce type de placement concerne un horizon de plusieurs années. Il ne s’apparente ni à un compte d’épargne, dont le taux est révisable, ni à une action, dont la valeur dépend des bénéfices. Le flux de revenus est connu d’avance, mais le prix de marché avant l’échéance ne l’est pas.

Bien identifier l’émetteur avant d’acheter

Les mots « obligation suisse » recouvrent des réalités très différentes. Un emprunt de la Confédération n’est pas une obligation de canton ou de commune, ni un titre de banque, ni une lettre de gage émise par une centrale spécialisée, ni une obligation d’entreprise. Chaque catégorie présente un risque de crédit, une liquidité et un traitement propres.

Avant l’ordre, il convient de vérifier sur la description du titre le nom de l’émetteur, le code ISIN, le coupon, l’échéance, la devise et la place de cotation. Une confusion de ligne peut conduire à acheter un titre dont le risque ou la liquidité n’a rien de commun avec celui d’un emprunt fédéral.

Adjudications, calendrier et accès d’un particulier

La Confédération place ses emprunts par adjudication. Selon la Banque nationale suisse, qui agit comme banquier de la Confédération, c’est elle qui organise ces ventes aux enchères. Un calendrier d’émission est publié à l’avance, et l’Administration fédérale des finances met à disposition les résultats des adjudications ainsi que la liste des emprunts en circulation. Elle a aussi publié des rapports sur les emprunts verts de la Confédération.

Le particulier participe rarement lui-même à l’adjudication. Il passe par sa banque ou son courtier, soit lors de l’émission, soit sur le marché secondaire où les titres s’échangent ensuite. Les conditions d’accès, les frais de transaction, les montants minimaux et les frais de garde dépendent de l’intermédiaire et se vérifient avant de commander.

Coupon, prix et rendement : trois notions à ne pas mélanger

Le coupon est un pourcentage de la valeur nominale, fixé à l’émission. Le prix de marché, lui, s’exprime en pourcentage du nominal et varie chaque jour : un titre peut cotter au-dessus de 100 % ou en dessous. Le rendement qu’obtient réellement l’acheteur combine le coupon, le prix payé et le temps restant jusqu’au remboursement : c’est le rendement actuariel.

Un coupon faible ne signifie donc pas un mauvais placement si le titre est acheté en dessous du nominal, et un coupon élevé ne garantit pas un bon résultat si le prix payé dépasse sensiblement le nominal. Pendant la période de taux négatifs en Suisse, de 2015 à 2022, certains titres ont même affiché un rendement négatif, alors qu’ils payaient un coupon positif.

Le risque de taux : un émetteur solide ne protège pas le prix

Le risque de crédit d’un État est faible lorsqu’il est solide, mais le risque de taux demeure. Une obligation à taux fixe perd de la valeur lorsque les taux de marché augmentent, car de nouveaux titres offrent un coupon plus avantageux. L’effet est d’autant plus fort que l’échéance est lointaine.

Tant que le titre est conservé jusqu’au remboursement, la baisse de prix reste latente et le nominal revient à l’échéance, sauf défaut de l’émetteur. Si l’investisseur doit vendre avant, il encaisse le prix du jour, qui peut être inférieur au prix payé. L’horizon réel d’utilisation de l’argent est donc le premier critère à fixer, avant même la comparaison des rendements.

Le franc suisse : un second risque pour un épargnant en euros

Toutes les sommes se comptent en francs suisses. Un épargnant dont les dépenses sont en euros convertit ses euros à l’achat, puis les francs reçus à la revente ou à l’échéance. Si le franc s’apprécie face à l’euro, le résultat converti s’améliore ; s’il se déprécie, il s’érode, parfois plus que le coupon ne rapporte.

Ce risque s’ajoute à celui des taux et ne dépend pas de la qualité de l’émetteur. Les produits de couverture existent, mais leur coût reflète l’écart de taux entre les deux monnaies et diminue le rendement. Le sens des variations de change est imprévisible : une évolution passée n’en garantit pas la suite. Les frais de conversion appliqués par la banque comptent aussi dans le calcul.

Fiscalité et frais : points de contrôle

Les intérêts perçus constituent un revenu de capitaux et leur traitement dépend de la résidence fiscale du porteur. Pour un résident suisse, ils entrent en principe dans le revenu imposable. Pour un résident français, belge ou luxembourgeois, les règles du pays de résidence et les conventions fiscales s’appliquent, et la banque fournit les relevés servant à la déclaration. L’existence d’un prélèvement suisse à la source et ses conditions de remboursement doivent être confirmées avec l’établissement dépositaire.

Côté frais, il faut additionner le courtage, l’éventuel droit de timbre suisse sur les opérations de Bourse, les frais de garde du compte-titres et le coût de change. Sur un coupon modeste, ces éléments pèsent sensiblement sur le rendement net.

Illustration chiffrée : deux lectures d’un même titre

Exemple hypothétique, sans référence à une émission réelle. Une obligation de 1 000 francs suisses de nominal verse un coupon de 1 %, soit 10 francs suisses par an, et arrive à échéance dans cinq ans.

  1. Acheté à 95 % du nominal, soit 950 francs suisses : coupons de 50 francs suisses au total plus un gain de 50 francs suisses au remboursement, donc environ 100 francs suisses de gain, soit un rendement actuariel proche de 2 % par an.
  2. Si les taux montent après l’achat et qu’il faut vendre au bout d’un an à 92 %, le résultat est négatif malgré le coupon encaissé.
  3. Pour un titre à dix ans acheté au nominal, une hausse d’un point des taux peut réduire le prix de marché de l’ordre de 9 % : l’effet de l’échéance est considérable.

Ces chiffres montrent le mécanisme, non un niveau actuel de marché.

Comparer avec d’autres placements en francs suisses

Plusieurs alternatives répondent à des besoins voisins. Les obligations de caisse des banques immobilisent l’argent pour une durée fixe, avec un risque lié à l’établissement. Les lettres de gage reposent sur des prêts hypothécaires et sont émises par des centrales dédiées. Les fonds ou ETF obligataires offrent une diversification mais n’ont pas d’échéance de remboursement unique, et leur valeur fluctue en permanence. Les obligations libellées en euros suppriment le risque de change pour un épargnant de la zone euro.

Aucune de ces options n’est supérieure en soi. Le bon critère associe l’horizon de placement, la devise des dépenses futures, la tolérance aux variations de prix et la part du patrimoine concernée.

Une liste de vérification avant l’ordre

  • L’émetteur est-il bien la Confédération, et non une entité apparentée ?
  • Le code ISIN, le coupon et l’échéance correspondent-ils au titre recherché ?
  • Le prix d’achat est-il supérieur ou inférieur au nominal ?
  • Quel est le rendement actuariel après frais, et non le seul coupon ?
  • L’échéance coïncide-t-elle avec la date à laquelle les fonds seront nécessaires ?
  • Le risque de change est-il accepté ou couvert ?

Ces points se vérifient sur la fiche du titre et auprès de l’intermédiaire avant toute souscription.

Questions fréquentes

Qui organise l’émission des emprunts de la Confédération ?

La Confédération émet ses emprunts par adjudication. D’après la Banque nationale suisse, qui agit en tant que banquier de la Confédération, c’est elle qui conduit ces adjudications. Un calendrier d’émission est publié à l’avance, et les résultats comme la liste des emprunts en circulation sont consultables auprès de l’Administration fédérale des finances.

Un particulier peut-il acheter directement un emprunt fédéral ?

En pratique, un particulier passe par une banque ou un courtier, à l’émission ou sur le marché secondaire. Les conditions d’accès, les frais de transaction, les montants minimaux et les frais de garde varient selon l’intermédiaire. Il faut les demander avant de passer l’ordre.

Quelle différence entre coupon et rendement ?

Le coupon se calcule sur la valeur nominale et reste fixe. Le rendement actuariel tient compte du prix réellement payé, des coupons à recevoir et de la durée restante. Un titre acheté sous le nominal rapporte plus que son coupon, un titre acheté au-dessus rapporte moins.

Pourquoi le prix baisse-t-il quand les taux montent ?

Parce que les nouveaux emprunts offrent alors des coupons plus élevés, ce qui rend les anciens titres moins attractifs. Leur prix de marché diminue pour aligner leur rendement. L’effet est plus marqué sur les échéances longues. Conservé jusqu’au terme, le titre est remboursé à son nominal, sauf défaut.

Le change influence-t-il le résultat pour un résident de la zone euro ?

Oui. Les coupons et le remboursement sont versés en francs suisses. Si le franc baisse face à l’euro, le résultat converti diminue, et une hausse l’améliore. Cette variation s’ajoute au risque de taux et aux frais de conversion, et son sens est impossible à prévoir.

Un emprunt de la Confédération est-il sans risque ?

Aucun placement n’est sans risque. Le risque de défaut d’un État solide est faible, mais subsistent le risque de taux, le risque de change pour un épargnant en euros, la liquidité en cas de revente et l’inflation. Le capital n’est garanti que pour un porteur qui conserve le titre jusqu’à l’échéance.

Organismes proposant ce service et sources utiles