Deux modes d’imposition pour les mêmes revenus
Les intérêts de comptes à terme, d’obligations ou de livrets non réglementés, ainsi que les dividendes d’actions, relèvent par défaut du prélèvement forfaitaire unique, souvent appelé flat tax. Selon les règles applicables en 2026, ce prélèvement atteint 31,4 % : 12,8 % au titre de l’impôt sur le revenu et 18,6 % au titre des prélèvements sociaux. Le taux social a été relevé en 2026 pour une partie des revenus du capital, ce qui explique que de nombreux documents plus anciens mentionnent encore 30 %.
L’autre voie consiste à intégrer ces revenus au revenu imposable du foyer et à les taxer au barème progressif, dont les tranches s’échelonnent de 0 % à 45 %. Les prélèvements sociaux restent dus dans les deux cas : l’option ne porte que sur la partie « impôt sur le revenu ».
La case 2OP : une option globale et annuelle
La case 2OP de la déclaration de revenus matérialise le choix du barème. Elle ne se coche pas produit par produit : elle s’applique à l’ensemble des revenus de capitaux mobiliers et des gains qui entrent dans le champ du prélèvement forfaitaire unique, pour tous les membres du foyer fiscal. Il n’est donc pas possible de garder la flat tax sur des intérêts et de soumettre au barème les dividendes d’une même année.
Le choix vaut pour l’année de la déclaration. Si la case a été cochée l’année précédente, elle apparaît généralement précochée, avec un message de rappel : le contribuable doit alors vérifier que l’option reste pertinente avant de valider. Un oubli peut aussi se corriger, dans les délais de correction ouverts par l’administration, en modifiant la déclaration.
- Elle englobe les intérêts, les dividendes et, dans le champ de l’option, les plus-values de cession de valeurs mobilières.
- Elle ne concerne pas les produits qui ont leur régime propre, comme les livrets réglementés.
- Elle se décide au niveau du foyer, pas du compte ni de l’établissement.
Abattement de 40 % et CSG déductible : les atouts du barème
Deux mécanismes peuvent rendre le barème plus favorable. Le premier est l’abattement de 40 % sur les dividendes éligibles, versés par des sociétés soumises à l’impôt sur les sociétés et domiciliées en France ou dans certains autres États. Cet abattement n’existe qu’avec l’option : sous flat tax, le dividende est taxé sur son montant brut. Les intérêts, eux, ne bénéficient d’aucun abattement.
Le second est la déductibilité d’une fraction de la CSG payée sur les revenus soumis au barème. Cette fraction vient en déduction du revenu global de l’année de son paiement, ce qui réduit la base imposable. Son montant exact dépend des règles de l’année : il convient de se reporter à la notice de la déclaration pour le chiffre applicable.
Frais déductibles : un avantage réservé à l’option
Lorsque le foyer opte pour le barème, certains frais engagés pour acquérir ou conserver les revenus peuvent être déduits : droits de garde d’un compte-titres, frais de gestion facturés par un intermédiaire, par exemple. Sous flat tax, ces frais ne viennent en aucun cas diminuer la base taxée.
Ces déductions restent souvent modestes pour un épargnant ordinaire, mais elles peuvent compter pour un portefeuille important. Il faut conserver les factures et relevés de frais, car l’administration peut en demander la justification. Les frais doivent aussi se rattacher à des revenus effectivement imposés : ceux qui se rapportent à un PEA ou à un contrat d’assurance-vie ne se traitent pas de la même manière.
Acompte de 12,8 % : un prélèvement d’attente, pas l’impôt définitif
Au moment du versement, l’établissement payeur retient 12,8 % sur les intérêts et dividendes perçus. Ce prélèvement est un acompte : il s’impute sur l’impôt final, et l’excédent éventuel est restitué. Sa présence ne préjuge donc pas du mode d’imposition retenu à la déclaration.
Certains foyers peuvent demander à être dispensés de cet acompte, par une attestation sur l’honneur remise à l’établissement avant le 30 novembre de l’année précédant le paiement. La dispense dépend du revenu fiscal de référence de l’avant-dernière année, avec des plafonds différents pour les intérêts et pour les dividendes, fixés par la réglementation. Elle n’exonère de rien : l’impôt reste dû au moment de la déclaration, et les prélèvements sociaux sont, eux, toujours retenus à la source.
Dans quels cas le barème devient avantageux ou non
La comparaison dépend surtout de la tranche marginale d’imposition du foyer. Le taux de 12,8 % de la flat tax est une référence : si les revenus mobiliers s’ajoutent à un revenu global faible, imposé à 0 % ou à 11 % dans ses dernières tranches, le barème peut coûter moins cher, surtout avec l’abattement de 40 % sur des dividendes. À l’inverse, pour un foyer dont la dernière tranche est à 30 %, 41 % ou 45 %, la flat tax est généralement plus légère.
Il faut cependant raisonner sur l’ensemble du foyer. Ajouter des revenus mobiliers peut faire basculer une partie du revenu dans une tranche supérieure, réduire certaines aides ou modifier le quotient familial. Le même calcul doit inclure l’effet sur les plus-values de l’année, puisque l’option les couvre aussi, y compris les moins-values reportées.
- Revenu global modeste et dividendes élevés : le barème mérite un calcul.
- Tranche marginale élevée : la flat tax reste souvent préférable.
- Portefeuille avec frais importants : la déduction possible peut peser dans la comparaison.
Illustration chiffrée avec des montants hypothétiques
Prenons un foyer qui perçoit 10 000 € de dividendes éligibles à l’abattement, sans autre revenu mobilier. Ces chiffres sont ronds et choisis pour l’exemple, et le calcul est volontairement simplifié.
- Sous flat tax : 12,8 % de 10 000 €, soit 1 280 € d’impôt, auxquels s’ajoutent 1 860 € de prélèvements sociaux à 18,6 %. Total : 3 140 €.
- Sous barème : l’abattement de 40 % ramène la base à 6 000 €. Avec une tranche marginale supposée de 11 %, l’impôt serait voisin de 660 €, avec 1 860 € de prélèvements sociaux. Total : 2 520 €, avant prise en compte de la CSG déductible.
- Avec une tranche marginale supposée de 30 %, l’impôt serait voisin de 1 800 € : la flat tax redevient plus avantageuse.
Cet exemple montre que la tranche marginale fait basculer le résultat, mais il ne remplace pas une simulation sur la déclaration réelle du foyer.
Assurance-vie, PEA et livrets : des revenus qui sortent du débat
L’option 2OP ne concerne pas tous les placements. Les intérêts du Livret A, du LDDS ou du LEP sont exonérés et n’entrent pas dans la comparaison. Les gains d’un PEA détenu depuis plus de cinq ans échappent à l’impôt sur le revenu, mais pas aux prélèvements sociaux. L’assurance-vie suit un régime spécifique selon l’ancienneté du contrat et le montant des primes versées, avec un taux de prélèvements sociaux qui, en 2026, n’a pas suivi la hausse appliquée à d’autres revenus du capital.
Un contribuable qui détient plusieurs enveloppes doit donc isoler, avant tout calcul, les seuls revenus qui relèvent réellement du PFU. L’imprimé fiscal unique envoyé par chaque établissement aide à repérer les montants à reporter dans les cases correspondantes.
Marche à suivre et erreurs fréquentes
Une démarche méthodique limite les mauvaises surprises au moment de la déclaration.
- Rassembler les imprimés fiscaux uniques de tous les établissements du foyer.
- Totaliser séparément intérêts, dividendes et gains de cession, ainsi que les moins-values reportables.
- Faire deux simulations, avec et sans option, sur le simulateur de l’administration ou avec un conseiller.
- Vérifier l’état de la case 2OP si elle est précochée, puis valider.
- Conserver les justificatifs, notamment des frais, pendant le délai de reprise.
Parmi les erreurs courantes figurent l’idée qu’on peut choisir le barème seulement pour une ligne, l’oubli de l’effet sur les plus-values, la confusion entre acompte et impôt définitif, et la reconduction automatique d’une option devenue défavorable après un changement de situation, comme une hausse de salaire ou un départ à la retraite.
Questions fréquentes
La case 2OP peut-elle être cochée pour les dividendes seulement ?
Non. L’option pour le barème progressif est globale : elle porte sur l’ensemble des revenus de capitaux mobiliers et des gains entrant dans le champ du prélèvement forfaitaire unique, pour tout le foyer fiscal et pour l’année concernée. Il n’est pas possible de la limiter à une catégorie de revenus ni à un compte précis.
Pourquoi ma banque prélève-t-elle 12,8 % si j’opte pour le barème ?
Ce prélèvement est un acompte d’impôt sur le revenu, retenu au versement des intérêts et dividendes. Il s’impute sur l’impôt calculé lors de la déclaration, quel que soit le mode d’imposition choisi. Si l’impôt final est plus faible, l’excédent est restitué ; s’il est plus élevé, un complément est demandé.
L’abattement de 40 % s’applique-t-il aux intérêts ?
Non. L’abattement de 40 % concerne uniquement certains dividendes, c’est-à-dire des revenus distribués par des sociétés répondant à des conditions précises, et seulement lorsque l’option pour le barème est retenue. Les intérêts de livrets fiscalisés, de comptes à terme ou d’obligations sont taxés sur leur montant brut.
Peut-on être dispensé de l’acompte de 12,8 % ?
Oui, sous conditions de revenu fiscal de référence de l’avant-dernière année, avec des plafonds distincts pour les intérêts et les dividendes. La demande se fait par une attestation sur l’honneur remise à l’établissement payeur avant le 30 novembre de l’année précédente. La dispense ne supprime pas l’impôt : elle en décale seulement le paiement.
Les prélèvements sociaux changent-ils si j’opte pour le barème ?
Non. Les prélèvements sociaux restent dus dans les deux cas, au taux applicable à la nature du revenu. Ce qui change avec le barème, c’est l’impôt sur le revenu, ainsi que la possibilité de déduire une fraction de la CSG. Le total à payer doit donc se comparer toutes composantes comprises.
Que faire si j’ai oublié de cocher la case 2OP ?
Une déclaration peut généralement être corrigée en ligne dans les délais prévus par l’administration, en cochant la case et en validant la correction. Passé ce délai, une réclamation reste possible dans le délai de réclamation applicable. Il est prudent de conserver la simulation prouvant que l’option était plus avantageuse.
